Études sur la santé au travail

Résultats du premier volet de l’étude (2022) :

Génèse et méthode :

Le Pr. Truchot a réalisé une étude à la fois quantitative et qualitative. Dans un premier temps, 39 vétérinaires ont été interviewés, soit 64h d’entretiens, 390 heures de retranscription.
Cela a permis d’établir une échelle de facteurs de stress adaptée à notre profession ; puis d’établir ensemble le questionnaire qui a été envoyé aux vétérinaires français, qu’ils exercent en clientèle « conventionnelle » ou non : pour ce questionnaire, au-delà des facteurs de stress déterminés grâce à l’étude qualitative (ainsi qu’à une étude réalisée peu avant par Marie Andela), ont été choisies des échelles de burnout, d’idéations suicidaires, de workaholisme, de facteurs de personnalités, reconnues et validées internationalement.
Ce sont 3244 vétérinaires qui ont répondu présent, soit 17,5 % de la population vétérinaire. Cela constitue un très bon taux de réponse compte tenu de la durée nécessaire pour remplir le questionnaire, estimée à 40 minutes ainsi que de sa charge émotionnelle. Ces derniers ont rajouté des commentaires éclairants, permettant de relier l’humain aux chiffres et de comprendre plus aisément ceux-ci.
91 % de ces répondants ont accepté de participer à une étude longitudinale ; c’est à dire de répondre à nouveau, plusieurs fois, au questionnaire pour évaluer l’évolution de la situation, et visualiser plus clairement si « tel facteur de stress » s’associe à une augmentation du taux de burnout ou d’idéations suicidaires dans le temps.

Quelques résultats

  • Le taux de burnout, le taux d’idéations suicidaires SONT supérieurs, très supérieurs à ceux de la population générale, et même des agriculteurs. Au cours des dernières semaines 4.8% des vétérinaires déclarent avoir eu des envies de suicide régulières, et 18.4% occasionnellement, ce qui est largement au-dessus des données nationales observées chez les actifs.
  • La santé physique des vétérinaires EST mauvaise, les troubles somatiques sont nombreux. Ils consultent peu et pratiquent le présentéisme (aller au travail alors que notre santé nous demanderait de ne pas le faire).
  • Les stresseurs qui sont actuellement les plus présents au sein de la population vétérinaires sont la charge de travail, associée au conflit entre vie professionnelle et vie privée ; la peur de l’erreur ; le travail morcelé ; les tensions entre collègues.
  • Le Pr. Truchot a également étudié les facteurs de personnalité, la présence « d’évènements de vie » (divorce, deuil …) : quel que soit le prisme choisi, en tenant compte de ces facteurs de personnalités et évènements de vie, les conditions de travail sont impliquées dans la santé physique et psychologique des vétérinaires.
  • UN facteur de personnalité qui est très présent chez les vétérinaires : le workaholism = l’addiction au travail. Dans les valeurs masculines de notre profession, il est valorisé de beaucoup travailler. Pourtant, le workaholism est associé à une moindre efficacité professionnelle, à plus de troubles de santé, et à une moins bonne ambiance au travail. Il est mauvais pour notre travail, pour notre santé, pour nos relations avec les autres !

Résultats du second volet de l’étude (2024) :

Le premier volet, publié en 2022, constituait un volet transversal, c’est-à-dire qu’il donnait une photo à l’instant T. Le recueil de données 15 mois plus tard, avec ce volet longitudinal, permet d’établir des liens de causalité et de « filmer » le déroulé des processus.
Lors du premier questionnaire 3244 vétérinaires avaient répondu. Avec ce second questionnaire, ce sont 674 réponses qui ont pu être exploitées.

Quelques résultats

Voici les principaux points à retenir de cette étude :

Les vétérinaires qui étaient en moins bonne santé lors de la première étude restent en moins bonne santé 15 mois plus tard.
Les femmes vétérinaires ont un épuisement émotionnel (un de composants du burnout) significativement supérieur aux hommes. Alors que la profession se féminise au fil des ans, le cynisme (autre composant du burnout) élevé chez les femmes traduit une profession encore portée par des valeurs masculines.
Les jeunes générations sont plus touchées par l’épuisement émotionnel, le cynisme. Attention, cela ne signifie pas que l’épuisement émotionnel diminue avec l’âge, car nous ignorons le degré de burnout des vétérinaires plus âgés lorsqu’ils étaient jeunes.
Les vétérinaires exerçant en canine sont en moins bonne santé que les vétérinaires exerçant dans les autres spécialités.
Concernant la charge de travail, c’est surtout le nombre de clients vus par jour qui impacte fortement la santé des vétérinaires, plus que le nombre d’heures de travail. Le nombre de gardes de week-end affecte la santé des femmes plus que celle des hommes.
C’est d’ailleurs bien la charge de travail et ses débordements sur la sphère privée qui représente le stresseur le plus redoutable, qui prédit le burnout et les idéations suicidaires 15 mois plus tard. Les conflits avec les collègues sont aussi un facteur très impactant.
Le présentéisme (se rendre au travail alors qu’on est malade), plus présent chez les femmes et les libéraux, est en moyenne de 12.5 jours/an. Il est associé au burnout, aux troubles du sommeil, aux troubles somatiques, aux idéations suicidaires.
Dans cette étude, deux théories du suicide sont appliquées à la situation des vétérinaires : il apparait que le sentiment d’être un fardeau et celui d’être piégé prédisent les idéations suicidaires. Ces sentiments sont notamment associés avec le nombre de clients vus par jour.
Les principaux stresseurs associés aux idéations suicidaires sont les difficultés financières et la charge de travail.

Perspectives

Un troisième volet est en cours, l’étude sur la santé au travail des vétérinaires n’est pas encore terminée. En attendant, que faire de ces données ? Cela doit nous amener à revoir collectivement notre action. Alors que se multiplient les enquêtes et baromètres sur la santé au travail dans les structures vétérinaires, de la part d’entreprises privées ou d’organisations professionnelles, comment articuler leurs résultats ? Comment mieux travailler ensemble pour agir ? Comment se rassembler ? Comment coopérer ? De la même façon qu’il y a 20 ans il s’agissait pour Vétos-Entraide de créer du lien solidaire entre les vétérinaires, il s’agit aujourd’hui pour nous d’entretenir aussi du lien solidaire entre les différents acteurs et actrices de la profession.
 
Consulter les documents : 

Résultats du troisième volet de l’étude (2025) :

Ce document correspond au troisième volet de l’étude longitudinale menée au sein du laboratoire du Pr Truchot, portant sur la santé mentale, les facteurs de stress et de protections et leurs effets à moyen et long terme chez les vétérinaires.
Entre le premier recueil de données et ce troisième temps, 33 mois se sont écoulés, offrant un recul rare dans l’étude du vécu professionnel vétérinaire. Ce rapport s’appuie sur un échantillon de 289 vétérinaires qui ont répondu aux 3 temps de l’étude. Voici quelques résultats présentés dans l’étude sur la base de cet échantillon.
Ce troisième volet confirme le caractère chronique du burnout et des idéations suicidaires chez les vétérinaires, sur une période de 33 mois.
La charge de travail et la peur de l’erreur apparaissent comme des facteurs majeurs et durables de dégradation de la santé psychologique, la peur d’être blessé jouant également un rôle. D’autres stresseurs, comme les conflits professionnels ou le travail interrompu, sont aussi identifiés. L’étude met en évidence de nouvelles sources de tensions liées aux relations problématiques avec les propriétaires d’animaux.
Parallèlement aux stresseurs, un trait de personnalité — le noyau de l’évaluation de soi — contribue pour partie au développement du burnout. La santé psychologique et physique est également influencée par une autre caractéristique : le workaholisme.
Parallèlement, l’étude explore des facteurs protecteurs : l’engagement, la satisfaction professionnelle et le soutien organisationnel.
Malgré des niveaux élevés de burnout, une proportion importante de vétérinaires reste fortement engagée dans leur travail.
La satisfaction de vie professionnelle, globalement moyenne, est plus élevée chez les vétérinaires libéraux, plus âgés et exerçant en pratique équine, et plus faible chez les salariés, les plus jeunes et ceux travaillant en structures de type chaîne. Elle est fortement influencée, dans le temps, par le burnout, les troubles du sommeil et somatique, le workaholisme, ainsi que 3 stresseurs précédemment identifiés (charge de travail, peur de l’erreur, conflit avec les collègues). Elle apparait par ailleurs positivement influencée par le noyau de l’évaluation de soi et le soutien organisationnel.
Enfin, le soutien social organisationnel apparaît comme une ressource essentielle, associée à une meilleure santé psychologique, mais encore insuffisamment mobilisée, en particulier chez les vétérinaires les plus en détresse.

Quelques pistes identifiées par le Pr Truchot lors de la visioconférence de présentation de ses travaux :

  • Autour de la charge de travail et le débordement des problématiques professionnelles sur la vie privée. Lutter contre le workaholisme et promouvoir des pratiques de travail saines. Réfléchir à la gestion des clients et la gestion des émotions.
  • Favoriser un soutien social organisationnel : notamment par une déstigmatisation des souffrance psychologique et des maladies mentales, par une amélioration de la communication entre générations, la lutte contre les stéréotypes sexistes et des formations au management
  • Lutter contre la peur des erreurs. Travailler avec les écoles
  • Promouvoir les accompagnements spécifiques, notamment associatifs et institutionnels
 
Pour visionner la vidéo de présentation des résultats de ce troisième volet, cliquez ici
(Information du CNOV : En raison d’une prise de position personnelle de l’intervenant, totalement extérieure aux débats dont le sujet devait rester « la santé au travail des vétérinaires », et dans un souci de neutralité, une des questions ainsi que sa réponse ont été supprimées par la commission sociale du CNOV.)
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